La Nièvre est un département raisonnablement endetté par rapport à la moyenne nationale, les données nationales montrent que l’endettement des collectivités locales demeure cependant sous contrôle.
Les départements de la région (Nièvre, Yonne, Côte-d’Or, Saône-et-Loire, Jura, Doubs, Haute-Saône, Territoire de Belfort) se situent dans la moyenne des niveaux d’endettement départementaux selon les séries OFGL (2012–2024).
Les départements les plus endettés sont généralement : les Bouches-du-Rhône, le Nord, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine...
La Nièvre présente un niveau de surendettement supérieur à la moyenne nationale. Le meilleur indicateur disponible est le nombre de dépôts de dossiers de surendettement pour 100 000 habitants (Banque de France, 2024).
La Banque de France indique qu’en 2024, les départements français se situent entre 125 et 459 dossiers pour 100 000 habitants. La Nièvre n’apparaît ni parmi les départements les plus faibles (Lozère, Haute‑Savoie, Paris) ni parmi les plus élevés (Aisne, Pas‑de‑Calais, Nord). Cela place le département dans une zone intermédiaire, typique des départements ruraux vieillissants et modestes.
Comment interpréter cette position intermédiaire ?
Certains facteurs augmentent mécaniquement les risques : le vieillissement de la population, les revenus médians modestes, le déclin industriel, le faible dynamisme économique et la part importante de ménages isolés ou locataires.
Ces éléments correspondent précisément aux caractéristiques socio‑économiques de la Nièvre.
Les ménages surendettés en France en 2024 se composent majoritairement de :
83 % âgés de 25 à 64 ans
55 % des femmes
52 % vivant seules
88 % locataires
31 % employés, 22 % ouvriers
Ces profils correspondent largement à la sociologie des zones urbaines nivernaises (Nevers, Decize, Fourchambault).
La Nièvre n’est pas un département fortement surendetté, mais elle fait partie des territoires à fragilité socio‑économique où le surendettement reste structurellement élevé. Elle se situe donc dans la catégorie des départements à surendettement “moyen‑élevé”, sans atteindre les niveaux critiques observés dans le Nord ou l’Aisne.
L'exemple typique du Lot et Garonne et d'Agen
Dans ce département comme dans d'autres, le surendettement atteint des niveaux préoccupants et touche désormais des profils très divers, notamment des familles monoparentales, des salariés et des retraités. Pour le Lot et Garonne, plus de 800 dossiers ont été déposés depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Les dépenses du quotidien posent problèmes : "Cela peut arriver à tout le monde après un décès ou une séparation qui se passe mal, une personne peut se trouver en situation de surendettement du jour au lendemain". Les femmes seules avec enfants figurent parmi les profils les plus touchés. Un nombre croissant d'habitants se retrouve en situation de surendettement, un phénomène qui a fortement progressé. Il y a parfois plusieurs dettes.
Un retraité de 71 ans qui ne parvenait plus à rembourser un crédit de 8 000 euros, conseillé par une assistante sociale d'Agen, a trouvé le courage de tenter de sortir de sa situation en s'adressant à l'association SOS Surendettement.
Dans le département, 63,4 % des ménages surendettés vivent sous le seuil de pauvreté. Une vie précaire qui peut basculer à tout moment. On ne voit pas venir le surendettement. C'est un cumul de choses, c'est très difficile d'aller en parler, on est gêné et on hésite toujours un peu avant d'agir.
Après sa séparation avec sa compagne, un habitant d'Agen s'est retrouvé dans une situation financière délicate. "Après une séparation, j'ai été obligé de tout racheter, de me remeubler... donc de faire un crédit. Et puis, j'ai eu un gros problème de réparation de voiture. Je n'arrivais plus à m'en sortir". "Le surendettement a fortement augmenté dans le département, atteignant 21,6 % en 2025. On est très, très touché par rapport à la moyenne nationale", poursuit-il.
Parmi les profils les plus touchés, il y a un tiers de retraités, un tiers de salariés et un tiers d'aides sociales ou chômage, 70 % de ces personnes sont des femmes souvent seules avec des enfants. Le niveau moyen d'endettement s'élève à 17 000 euros en Lot-et-Garonne, un chiffre élevé lié notamment aux crédits immobiliers d'accès à la propriété.
Où se situe réellement la Nièvre dans la géographie de la pauvreté ?
1. Le taux de pauvreté dans la Nièvre
Sur l'Internet, les données départementales détaillées ne figurent pas explicitement dans les extraits officiels, mais les classements nationaux montrent qu’elle n’apparaît pas parmi les 10 départements les plus pauvres.
Ceux-ci incluent notamment :
La Seine-Saint-Denis (28,4 %), les Pyrénées-Orientales (21,2 %), l'Aude (20,8 %), la Haute-Corse (20,2 %)...
2. Comparaison régionale
La région Bourgogne–Franche-Comté présente :
Un niveau de vie médian de 22 750 €, un taux de pauvreté de 13,4 %.
La Nièvre, département rural vieillissant, se situe généralement dans la moyenne ou légèrement au-dessus de ce taux régional, mais loin des extrêmes nationaux.
Pourquoi la Nièvre est-elle perçue comme pauvre ?
Même si elle n’est pas parmi les départements les plus pauvres, plusieurs facteurs nourrissent cette perception :
- Déclin industriel et démographique avec une perte continue de population depuis les années 1980.
- Faible densité économique : peu de grandes entreprises, tissu industriel ancien.
- Vieillissement marqué : les départements âgés ont souvent des revenus médians plus faibles.
- Revenus médians modestes comparés à la moyenne nationale (22 000–23 000 €).
- Chômage structurel dans certaines zones (Nevers, Decize, Fourchambault).
Ces éléments relèvent davantage de la fragilité socio-économique que de la pauvreté extrême.
La Nièvre appartient à la catégorie des territoires ruraux en fragilité socio-économique, avec des revenus modestes et une dynamique démographique défavorable.
La Nièvre n’a pas toujours été un département “pauvre”. Elle est devenue un territoire fragilisé par une succession de ruptures historiques :
Fin du modèle industriel fordiste, effondrement du charbon et de la métallurgie, déclin démographique continu, retrait progressif de l’État aménageur et difficulté à entrer dans l’économie tertiaire métropolitaine.
Ce n’est donc pas une pauvreté structurelle mais une pauvreté de trajectoire, typique des anciens bassins industriels ruraux.
Un peu d'histoire
1. XIXᵉ siècle – 1945 : un département industriel et dynamique
Contrairement à l’image actuelle, la Nièvre fut longtemps un territoire industriel prospère.
Métallurgie et forges
Cosne, Fourchambault, Imphy : un triangle industriel majeur.
Les forges de Fourchambault, créées en 1819, furent un haut lieu de l’industrie française.
Imphy devient un centre mondial des alliages spéciaux (future Imphy Alloys).
Charbon et énergie
Le bassin de La Machine est l’un des plus anciens bassins houillers de France. La Compagnie Schneider y investit massivement.
Agriculture et flottage du bois
Le Morvan approvisionne Paris en bois via les radeaux sur l’Yonne. Une économie rurale active, loin de la pauvreté.
Démographie
La Nièvre atteint son pic de population en 1881, environ 330 000 habitants. C’est un département plein, pas un territoire en déclin.
Conclusion de période : La Nièvre est alors un département industriel, intégré, attractif, très loin de l’image actuelle.
2. 1945 – 1980 : l’âge d’or industriel… puis les premières fissures
Les Trente Glorieuses
L’industrie métallurgique tourne à plein régime.
Le bassin de La Machine emploie encore plusieurs milliers de mineurs.
Nevers est une préfecture dynamique, avec une classe moyenne en expansion.
Les premiers signes de fragilité
Le charbon devient non compétitif dès les années 1950. Fermeture progressive des puits en 1967 pour La Machine.
Début du déclin démographique : les jeunes partent vers Paris ou Lyon.
Un modèle économique trop dépendant de quelques sites
La Nièvre n’a pas diversifié son économie : peu de tertiaire supérieur, pas d'université, dépendance à l’industrie lourde.
Conclusion de période : Un département modeste mais pas pauvre. La pauvreté n’est pas encore visible, mais la trajectoire de fragilisation est enclenchée.
3. 1980 – 2000 : désindustrialisation et basculement dans la fragilité
C’est la période clé, la Nièvre bascule dans la catégorie des territoires en difficulté.
Fermetures industrielles en cascade
Fourchambault perd l’essentiel de ses emplois métallurgiques. Imphy restructure lourdement.
Les petites industries rurales ferment.
Explosion du chômage
Le chômage dépasse 12–14 % dans les années 1990.
Les jeunes qualifiés quittent massivement le département.
Déclin démographique accéléré
La Nièvre perd environ 30 000 habitants entre 1982 et 1999.
Vieillissement rapide : un des plus forts de France.
Repli de l’État
Fermetures de casernes, tribunaux, services publics. Le département perd des fonctions administratives.
Conclusion de période : La Nièvre devient un territoire post‑industriel rural, typique des “diagonales du vide” élargies.
4. 2000 – aujourd’hui : pauvreté encore relativement modérée mais fragilité structurelle
Revenus médians faibles (vieillissement + retraités).
Peu de cadres (moins de 10 %).
Tissu économique fragile : PME, services publics, peu de tertiaire supérieur.
Déclin démographique continu : environ 200 000 habitants aujourd’hui.
Dépendance à l’emploi public (préfecture, hôpital, collectivités).
Ce n’est pas une pauvreté urbaine visible. C’est une pauvreté diffuse, rurale, silencieuse, liée à l’isolement, la mobilité, la faiblesse des services, la difficulté à attirer des entreprises.
La Nièvre est un territoire anciennement industriel, devenu rural, vieillissant et fragile, dont la pauvreté est le résultat d’une trajectoire historique de désindustrialisation et de dépeuplement.
C’est un cas exemplaire de pauvreté de transition, non de pauvreté structurelle.

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